Autour de l'exposition "Les Gos: une montagne en héritage"
Les rushes inédits de La Croix du Cervin
Projection et lecture par Jean-Pierre Gos
La Croix du Cervin, le premier film de montagne tourné en 1923 par Emil Gos sur un scénario tiré de deux nouvelles de Charles Gos, a aujourd'hui disparu. Durant les recherches effectuées pour l'exposition de la Médiathèque Valais – Martigny : Les Gos: une montagne en héritage, des rushes inconnus et inédits du film ont été retrouvés dans les collections de la Cinémathèque Suisse. Ils sont présentés en exclusivité lors de cette soirée. La projection est accompagnée de musique Live spécialement conçue pour l'occasion par Valentin Chappot et de l'histoire du tournage lue par Jean-Pierre Gos, le fils de Charles.
[Chutes] La Croix du Cervin : de quoi ces chutes sont-elles la trace ?
Notice de Roland Cosandey
[Chutes] La Croix du Cervin : de quoi ces chutes sont-elles la trace ?
Les images anciennes de ce podcast proviennent d'un élément que la Cinémathèque
suisse conserve sous le titre [Chutes] La Croix du Cervin. Il s'agit d'un assemblage
apocryphe, non daté et arbitraire, de plans qui constituent en fait des fragments de deux
réalisations différentes. La présente notice en propose l'identification.
Une partie des images correspond à des scènes d'extérieurs d'un film de fiction, La
Croix du Cervin (Jacques Béranger, 1922), basé sur un scénario de Charles Gos (1885-
1949) à partir de deux de ses nouvelles, La Croix du Cervin et Le cas de Séraphin
Mochay.
Le film fut tourné dans la région de Zermatt en juin et juillet 1922. Quelques
photogrammes d'intertitres de cette réalisation, commercialisée dès fin novembre 1922
comme « le premier film suisse de haute montagne », surgissent furtivement ça et là.
Aucune des scènes d'intérieurs, réalisées dans un studio de Vienne en août 1922, n'est
représentée parmi ces fragments.
Le récit de La Croix du Cervin raconte la mise au ban d'un guide de Zermatt, rayé de la
corporation pour avoir coupé la corde qui le rattachait à un client mort de mort naturelle,
sauvant ainsi sa propre vie, son activité de contrebandier, son assassinat par un douanier
italien que manipule sa maîtresse et l'atroce vengeance que subit le meurtrier abandonné
au sommet du Cervin, lié à la croix (non celle du sommet, mais une copie dressée dans
un lieu plus accessible !).
A ce sensationnel grand-guignolesque était associé un sensationnel documentaire :
l'ascension du Cervin par l'arête italienne, filmée fin septembre 1922 et intégrée au
dernier acte du récit. Les « chutes » présentent un certain nombre de plans de cette
séquence, qui fut filmée par deux équipes, celle d'Emile Gos et celle de Jean Lozeron.
L'intérêt pour l'exploit cinématographique que représentait un tel tournage sur l'un des
sommets les plus fameux des Alpes valut au film d'être exploité en France dans une
version raccourcie et concentrée sur le contenu alpinistique intitulée Vers les cimes.
Les autres images sont également dues au photographe et opérateur Emile Gos (1888-
1969). Elles correspondent à un film d'alpinisme qui décrit la deuxième ascension de
l'Edelspitze du Gabelhorn, le 27 septembre 1923 (la première eut lieu en août 1904).
Y prirent part Charles Gos et six guides de St-Nicolas. D'une douzaine de minutes
probablement, cette réalisation sortit dans les cinémas au printemps 1924, en
complément de programme, sous le titre L'Ascension du Gabelhorn (Edelspitze) de St-
Nicolas.
En 2020, quand la Médiathèque Valais enregistra le spectacle proposé dans le cadre de
l'exposition « Les Gos: une montagne en héritage », [Chutes] La Croix du Cervin lui avait
été livré par la Cinémathèque suisse comme le vestige de ce seul film-là et ce sont ses
images qu'était censée commenter la lecture par Jean-Pierre Gos du récit du tournage de
l'ascension du Cervin, un texte particulièrement riche de Charles Gos paru en juin 1923
dans L'Echo des Alpes. Précisons encore que la projection ne comprit pas les dix
dernières minutes des quelque trente-sept minutes de ce matériau hétérogène.
Nous vous convions à distinguer les deux sources entremêlées en vous fondant sur les
éléments suivants. Pour La Croix du Cervin, la cordée de trois alpinistes, qui est celle de
l'ascension effective du Cervin par le versant italien (la cordée est composée du guide
Rudolf Lochmatter, du peintre Alfred Sandoz et de Charles Gos); les scènes de la fiction
sont reconnaissables à la mimique des acteurs et aux situations ; les images d'alpinisme
acrobatique sont toutes celles de L'Ascension du Gabelhorn - et la paroi de l'Edelspitze
ne ressemble guère au Cervin.
Le jeu en vaut-il la chandelle ? Oui, quand on sait que ces « chutes » sont à ce jour les
seuls vestiges connus des deux films. On en trouve quelques photographies de tournage
dans L'Illustré de l'époque et dans un album privé consacré à l'activité d'alpiniste de
Charles Gos : Charles Gos / 1885-1949. Etabli par son frère Emile en 1960, ce précieux
document a été généreusement mis à disposition de la Médiathèque Valais en octobre
2025 pour digitalisation et accès par son destinataire, Jean-Pierre Gos, comédien et fils
de l'écrivain.
Roland Cosandey, novembre 2025.
Gravir des sommets - Images de femmes alpinistes
Projection d’archives audio-visuelles tirées des collections de la Médiathèque Valais – Martigny avec commentaires en direct par :
Séverine Bornet (guide de haute montagne), Marianne Chapuisat (alpiniste et enseignante), Nicole Grange Berthod (guide de haute montagne), et Marie-France Vouilloz Burnier (historienne).
Modération : Alexandre Scheurer (historien et photographe).